mardi 22 juin 2010

"De ma fenêtre j'vois des autres fenêtres Des gens qui regardent des autres gens ♫"

Il y a parfois des moments de vie très anodins auxquels on repense souvent, sans bien savoir pourquoi.

Ce jour là, je me rendais chez un médecin que je ne connaissais pas encore. Je m'attendais à entrer dans une salle d'attente plutôt froide, austère ou complétement impersonnelle; une salle d'attente médicale. Ou alors je ne m'attendais à rien. Puis, à mon arrivée, j'ai rapidement senti que l'atmosphère n'était pas si lourde qu'à l'habitude. Au début, je ne savais si cela était dû à la petitesse de la pièce ou aux quelques décorations sur les murs.

Je comptais me plonger dans un bon bouquin mais, face au défilé des patients et à ce qui se jouait devant moi, j'ai vite relevé le nez. Les règles de la salle d'attente -tu ne prendras point la parole et tu ne prêteras point attention à ton prochain- étaient complétement chamboulées. La pièce s'est rapidement transformée en petit bistrot de quartier, où chacun a ses habitudes et ses sujets de conversation favoris. Alors j'ai compris que finalement la couleur des rideaux n'avait aucune sorte d'importance, la vraie responsable de cette douce chaleur c'était elle. Une dame coquette d'une toute petite carrure, aux cheveux gris coiffés en un carré impeccable, assise derrière un minuscule bureau de bois. Les gens disent que c'est une secrétaire mais je ne suis pas d'accord; elle, elle n'avait rien d'une secrétaire au sens où on l'entend généralement.

Confidente ! Voilà un terme qui me semble plus adapté. Cernant inconsciemment toute la gentillesse dont elle pouvait faire preuve, les patients successifs ne résistaient pas à l'envie de lui parler et lui parler encore. Ils lui parlaient du beau temps ou de la pluie, du prix du pain, de leurs chiens, de Johnny, de la maladie de Johnny, des concerts de Johnny, de leur mère, de leurs enfants... Et elle leur répondait, toujours avec une très grande courtoisie et en les encourageant à vider leur sac débordant de banalités ou d'un quotidien plus douloureux. Elle leur tendait une oreille attentive, tendre et pleine d'humilité. J'ai d'abord eu un petit peu pitié, me disant que les bavardages incessants et futiles de tous ces inconnus devaient être un enfer lorsqu'on les subissait continuellement. Mais je n'ai lu aucune souffrance, aucun ennui ou aucune marque d'impatience sur son visage. En vérité, elle semblait ravie de ce partage, de pouvoir s'émouvoir d'une naissance ou s'emporter contre le système d'un commun accord avec son interlocuteur. Je dois avouer que j'ai été assez époustouflée par cette femme, visiblement très intelligente et cultivée, offrant tout son temps et toute son âme aux autres.

Ce jour là, j'ai un peu mieux compris le sens du mot sincérité.

Ce jour là, j'ai cru un instant en l'être humain.

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