mardi 4 janvier 2011

"Les vieillards ont tous de la beauté. Comme les roches, ils se cristallisent et resplendissent." [Catherine Hermary-Vieille]

J'aime bien les petites rencontres. 

Munie d'un plan pour le moins approximatif, je suis partie hier à la conquête d'une ville où je n'avais encore jamais mis les pieds. Enfin conquête... disons que je me suis jetée dans la gueule du loup. Dieu Mappy me donnait 18 minutes pour rejoindre mon lieu de rendez-vous, je suis donc arrivée avec une avance de 25 minutes, pleinement confiante en mes capacités d'orientation. Hum...
Au beau milieu d'une minuscule rue pavée, grimpant on ne sait où, j'ai dû me rendre à l'évidence : j'étais bel et bien perdue. J'entendais alors un appel en provenance de ma poche, il s'agissait de l'Iphone et de son application « t'es paumée ? Je te ramène chez toi les yeux fermés, même si tu es accrochée à une liane dans la jungle amazonienne », plus communément appelée « GPS ». Seulement c'était trop simple ou trop moderne peut-être, et puis j'ai une vieille rancœur contre les gps.
C'est à ce moment là, alors que j'étais sur le point de m'agenouiller au sol tel un vaincu rendant les armes, oui c'est à cet instant précis que je l'ai aperçue. Elle descendait la rue clopie-clopant, enroulée dans son manteau de (fausse) fourrure mauve. J'ai rapidement décidé que cette mamie valait mieux que n'importe quel Itruc.
A l'annonce de l'Impasse (non ce n'est pas ironique) que je cherchais, elle m'a immédiatement répondu que c'était par là-bas qu'elle se rendait et que je pouvais donc la suivre. Il m'a fallu un petit moment pour m'apercevoir qu'elle n'avait en fait qu'une très vague idée de la situation géographique de ladite Impasse. Elle était simplement ravie de pouvoir partager un bout de chemin avec quelqu'un.
C'est ainsi que je l'ai suivie, me calant sur son pas incertain vers quelque destination inconnue. Je crois qu'on a passé relativement peu de temps ensemble mais c'est fou tout ce qu'elle a pu me raconter en quelques minutes. Au détour d'une rue, j'ai appris qu'elle était seule depuis 1983. Une éternité. Au milieu d'une autre, elle m'a révélé qu'il fut un temps où elle ne sortait jamais sans son plan de la ville, au cas où elle tombe sur une âme égarée. Et puis les années défilent et pèsent de plus en plus lourd sur les épaules, l'obligeant à réduire la taille de son sac à main et à laisser son fameux plan chez elle. Malgré tout, elle est toujours prête à s'occuper de ceux pris au piège du labyrinthe et à les raccompagner même si, selon ses dires, elle n'est plus très sûre d'elle.
Les miracles existent encore (avec l'aide de passants connaissant la vile), elle a réussi à m'amener jusqu'à l'Impasse et m'a laissée là, non sans quelques conseils. J'avoue que j'ai eu un petit pincement au cœur de la voir repartir; je ne sais même pas comment elle s'appelle, ni où elle se rendait vraiment. Y'a pas à dire, j'ai rencontré la mamie la plus cool de tous les environs.

J'aime bien les petites rencontres, surtout avec de grands personnages !
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mardi 21 décembre 2010

Pas de violence, c'est les vacances !

Et les vacances de Noël qui plus est ! Le moment de l'année où l'on aime son voisin, où l'on regarde émerveillé la neige tomber avant d'aller faire des bonshommes ou sculptures en tout genre et où l'on arpente les marchés de Noël des étoiles plein les yeux... Ou pour d'autres, le moment où l'on déteste le voisin et sa guirlande qui clignote en rythme sur Mon beau sapin à longueur de journée, où l'on maudit la neige qui a déjà causé X heures de retard, chutes et pieds mouillés et où l'on ne peut plus encadrer les marchés de Noël bondés de monde et de fausse magie. 
Pour moi, il s'agit surtout des vacances pendant lesquelles je suis le plus déconnectée. Depuis le 18, j'ai perdu toute notion de date ou d'horaire avec la douce impression que le temps s'est arrêté. Je vis dans le fuseau horaire du Père Noël avec des petits lutins plein la tête. Je rêve de sapin, bûches au chocolat, vin chaud, édredon douillet et surtout d'une période indéfinie d'hibernation avec mes potes les écureuils.
Et puis parfois j'aperçois au loin les millions de choses réelles que je dois faire et, comme chaque année, j'ai l'impression d'être au pied du Mont Everest. Alors je sais bien que pour les alpinistes, cela représente l'ascension de toute une vie. Mais voilà, je n'ai pas l'âme d'une alpiniste et je reste désespérément en bas de la montagne, en faisant l'autruche des fois qu'elle disparaisse. Ben quoi, le miracle de Noël vous connaissez pas ?

Comme je déborde d'originalité, je souhaite à tous mes lecteurs connus, inconnus, hommes, femmes, androgynes et imaginaires de très bonnes fêtes. Je tenais à vous donner un petit avant goût des hypocrites "Bonne annéééée et surtout bonne santé, c'est le principal" , des "alors, tu as pris des bonnes résolutions ?", des fameux "à l'année prochaine ahahahahah" du 30/12 et des baisers mouillées qui piquent de la famille éloignée qui vous donneront vite envie de vous taper la tête contre un mur. 
Et puis surtout, si vous n'aimez pas cette période, faites au moins semblant pour ne pas passer pour le rabat-joie de service et avoir droit à mille sermons ! Il suffit de dire que la dinde toute sèche du réveillon est délicieuse ou que la fontaine en forme de dauphin offerte par votre chère arrière-grande-tante est exactement ce qu'il manquait à votre intérieur (rassurez-vous ça se revend très bien sur ebay). 
Et si vraiment c'est insurmontable, il est toujours possible de faire croire que l'huître que vous avez avalée ne passe décidément pas bien du tout. S'offre alors à vous une super soirée, affalé dans le canap devant Astérix en compagnie de tous les mômes de la famille !

Bon courage :)
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vendredi 17 décembre 2010

Pieds nus sur les limaces

"Tu dors ta vie. Tu t'es foutue dans un moule et si tu continues tu vas finir comme une tarte. Mais tu vois pas que t'es pas heureuse ?"
[...]
"Clara a fait exactement ce que voulaient les parents. Pour notre père il fallait faire Droit ou Médecine pour réussir sa vie. Elle a fait Droit, j'ai fait Médecine... mais côté malade !"


Tiens j'ai encore jamais parlé de film... Bon puisque celui ci est un énorme coup de cœur, je suis obligée d'en toucher deux mots. L'intrigue est simple, il s'agit de 2 sœurs qui se serrent les coudes après le décès de leur mère. Jusque là rien de bien mirobolant si ce n'est que tout les oppose. Clara mène une vie des plus banales et emmerdantes à Paris avec son avocat de mari alors que Lily vit à la campagne et s'est construit un monde complétement délirant à la Peter Pan. Lily voit la vie en couleurs et fabrique des tonnes d'objets saugrenus avec pour matériel principal la fourrure de petits animaux qu'elle capture ou qu'elle retrouve morts. Elle s'est aménagée un temple de babioles et fantaisies en tout genre dans la cabane à jardin qu'elle appelle son "bureau". Sous ses airs d'enfant naïve, elle cache en fait une grande lucidité sur les relations humaines ainsi qu'un franc parler extraordinaire.


 Ne pouvant pas se résoudre à laisser sa sœur seule après le décès de leur mère, Clara plaque tout pour s'installer avec elle et la materner. Les choses semblent bien simples dans le monde de Lily mais pour y entrer il faut renoncer à son énorme carapace faite de préjugés, d'orgueil, de besoin de réussite, de peur de l'autre. Elle n'a aucune règle, aucune autre limite que celles de son imagination et aucun besoin de plaire à qui que ce soit. Elle ne recherche que les bonheurs simples et ne supporte pas les interdits à la con posés par la société.
Confrontée à des tas de façons d'être qu'elle a intériorisée, Clara a parfois beaucoup de mal à s'adapter et se sent démunie face aux "bêtises" de sa sœur. Mais l'amour qu'elles se portent l'une à l'autre est très fort et va lui permettre d'ouvrir les yeux sur la vie qu'elle a choisi de mener. 


J'ai vraiment adoré ce film parce qu'au fond je rêve d'être cette Lily, libre comme l'air qui emmerde les bien-pensants. Son monde merveilleux est à 1000 lieues des idéaux de la société et des façons barbares d'écraser l'autre pour réussir.
Et puis je dois dire que les scènes à la campagne ont ravivé beaucoup de souvenirs de jeux dans les bois ou dans les champs et de baignade à la rivière. Y'a pas à faire, je ne serai jamais une vraie citadine...

Voilà, il y aurait des milliers d'autres choses à dire sur ce film et je ne peux que vous conseiller d'aller le voir si vous avez envie de rêver 1h30 et de vous échappez de toute cette grisaille ambiante.